Allocca M, Scarfì MR, Romeo S, Sannino A, Peluso V, Zeni O.
Dans cette étude, les chercheurs ont voulu déterminer si les champs électromagnétiques (CEM-RF) utilisés pour la 4G (1950 MHz) seuls ou en co-exposition avec le Wi-Fi (2450 MHz), ou en présence d'une substance chimique, pouvaient provoquer des modifications cellulaires associées au développement du cancer, hors effets thermiques. L'objectif était de reproduire une situation d’exposition proche de la vie quotidienne, où plusieurs sources de CEM-RF sont présentes simultanément, afin d'évaluer si cette co-exposition pouvait perturber le fonctionnement normal des cellules.
L'étude a été réalisée in vitro, c’est-à-dire en laboratoire sur des cellules isolées. Les cellules utilisées étaient des cellules humaines de neuroblastome (cellules cancéreuses malignes qui se développent dans un certain type de tissu nerveux), un modèle couramment utilisé pour étudier les cellules nerveuses. Différents groupes de cellules ont été exposées pendant 3 heures à des CEM-RF de 4G seuls, ou en co-exposition CEM-RF de 4G et de Wi-Fi, ou à des CEM-RF de 4G et de la ménadione, un composé chimique qui provoque un stress oxydatif et permet de vérifier si les CEM-RF peuvent aggraver des dommages cellulaires déjà présents. Deux niveaux de débit d’absorption spécifique (DAS), qui mesurent l'énergie absorbée par les cellules, ont été testés : 0,3 et 1,25 W/kg. Pour garantir la rigueur des résultats, les chercheurs ont utilisé plusieurs groupes contrôles : (1) un groupe contrôle simple, placé dans un incubateur, sans manipulations, (2) un groupe « sham » placé dans les mêmes conditions mais sans exposition aux CEM-RF, afin de s'assurer que les éventuels effets observés étaient bien liés à l'exposition et non au dispositif expérimental ou aux manipulations des cellules et (3) un groupe contrôle positif, où les cellules étaient volontairement exposées à des substances connues pour provoquer les effets recherchés. Cela permet de vérifier que les méthodes de mesure sont suffisamment sensibles pour détecter un effet lorsqu'il existe réellement.
Pour évaluer l'état des cellules, les chercheurs ont mesuré plusieurs marqueurs biologiques liés au développement du cancer : le stress oxydatif (production de radicaux libres susceptibles d'endommager les cellules), l'apoptose (le mécanisme par lequel une cellule trop endommagée s'autodétruit pour protéger l'organisme) et le cycle cellulaire qui contrôle la croissance et la division des cellules.
Dans les conditions testées, aucune différence significative n'a été observée entre les cellules exposées et les groupes témoins. Les CEM-RF de 4G, qu'ils soient utilisés seuls, en co-exposition avec le Wi-Fi ou avec la ménadione, n'ont pas modifié les marqueurs biologiques étudiés et n'ont pas montré d'effet toxique détectable.
Cette étude présente plusieurs éléments méthodologiques qui renforcent la fiabilité de ses résultats. Les chercheurs ont utilisé plusieurs groupes contrôles, dont un groupe contrôle positif. Ils ont également surveillé la température tout au long de l'expérience afin de s'assurer que les cellules ne chauffaient pas, ce qui est indispensable pour étudier uniquement les effets non thermiques des CEM-RF. Le DAS a été calculée afin de connaître précisément la quantité d'énergie absorbée par les cellules, garantissant une exposition maîtrisée. De plus, les analyses ont été réalisées à l'aveugle, ce qui limite le risque de biais d'interprétation : les chercheurs ne savent pas quels échantillons sont exposés au moment des mesures, ce qui évite toute influence, même involontaire, sur les résultats. Toutefois, certaines limites doivent être prises en compte. L'expérience n'a duré que 3 heures, n'a porté que sur un seul type de cellules et a été réalisée en laboratoire, ce qui ne permet pas de reproduire la complexité d'un organisme vivant ni les effets d'une exposition à long terme, pendant plusieurs années.
Dans cette étude, aucun effet biologique n'a été observé dans les conditions expérimentales testées mais celle-ci ne permet pas, à elle seule, de tirer des conclusions générales sur les effets à long terme des CEM-RF de 4G et de Wi-Fi sur la santé humaine. Comme le soulignent les chercheurs, des recherches complémentaires utilisant d'autres modèles biologiques, des durées d'exposition longues et différentes conditions expérimentales restent nécessaires.